Petite Histoire de Nassogne
Dans la forêt d'Ardenne, dans une contrée où le culte d'Arduina
l'avait cédé au culte du dieu Freyr, existait jadis une fontaine du nom de Nassonia.
Sur ses bords, vinrent se dresser quelques habitations dont l'ensemble s'appela
Nassonia, Nassoigne, Nassonacum, et plus tard, Nassogne.
Cela nous reporte aux tous premiers siècles de notre ère, époque à laquelle on
trouve en 372 plusieurs édits de l'Empereur Valentinien, datés de Nassogne, localité en
bordure de la chaussée Bavay-Trèves.
Pendant plus de 200 ans, Nassogne reste dans l'oubli et les historiens en reparlent
vers l'an 600. C'est alors en effet qu'un moine écossais de nom de Monon, reçoit
du Ciel l'ordre de venir évangéliser les gens qui se trouvent dans les environs de la
fontaine Nassonia.
Monon, obéissant, prend son bâton de pèlerin et se met en route.
Il décide, avant de venir en Ardenne, de se rendre à Rome demander l'assistance des
Sts Pierre et Paul.
En chemin, il rencontre Jean l'Agneau, à ce moment évêque de Tongres, qui s'en
revient de Rome, et une étroite amitié se noue entre les deux hommes.
Au retour de son pèlerinage, Monon arriva à l'endroit que l'Ange lui avait
indiqué. Il se mit immédiatement à son double travail d'évangélisation et de
défrichement, et un porc ayant déterré une clochette - on suppose que cette clochette
était un tintinnabulum perdu par l'un ou l'autre convoi qui parcourait la chaussée
Trèves à Bavay, - Monon s'en servit pour appeler le peuple à la prière dans un humble
oratoire qu'il avait dressé où se trouve actuellement la chapelle de Coumont.
Si Monon se fit beaucoup d'amis, il eut aussi des ennemis aussi bien dans ceux dont il
avait renversé les idoles que du coté des malfaiteurs à qui il reprochait leur vie de
péchés.
Ces bouquillons (bûcherons) s'unissent dans le même mauvais but et décident de
supprimer Monon. Ils viennent surprendre l'ermite alors qu'il est en prières dans
son oratoire et d'un coup de dard - à moins que ce ne soit d'un coup de coin à fendre le
bois - ils frappent Monon à mort - nous sommes vers l'an 636.
Averti de la mort de Monon, Jean l'Agneau qui était devenu évêque de Maastricht, eut
grande peine car il portait en haute estime l'ermite de Nassogne. Il fit bâtir une
église en son honneur et ordonna que les chanoines de Huy viendraient y célébrer la
messe chaque semaine. Cette église se trouvait vraisemblablement à l'endroit de
l'édifice actuel qui devint collégiale par une faveur de Pépin le Bref.
En effet, Pépin le Bref (715-768), fils de Charles Martel, venant chasser dans les
Ardennes, entendit parler de miracles de St Monon et de son martyre et il voulut lui
rendre hommage. Il entra dans l'église où étaient le reliques sacrées, et - dit
la légende - témoin lui-même de plusieurs miracles sur des personnes infirmes, il se
prosterna de tout son long sur la pierre devant le tombeau du saint. Il fit don de
son chapeau royal orné d'une grande quantité de pierres précieuse enchâssées dans
l'or fin.
Il fonda un chapitre de chanoines à qui il donna les dîmes lui appartenant entre la
Lesse et l'Ourthe.
On raconte que lors d'un passage à Nassogne, la suite de Pépin ayant soif et ne
trouvant pas d'eau, Pépin frappa le rocher de son épée et une eau vive en
jaillit. C'est depuis lors que l'endroit situé à l'entrée de Nassogne en
venant de Forrières s'appelle la Pépinette.
En 825, l'évêque de Liège, Walcand, fit transporter à Andage -Saint Hubert actuel -
le corps de St-Hubert et soumis l'église de Nassogne aux prébendes de l'abbé de
Saint-Hubert. Cela dura jusque 1086 quand le chapitre de Nassogne refusa
l'obéissance à l'abbé de Saint-Hubert tout en reconnaissant sa prééminence dans les
assemblées convoquées par l'autorité papale.
Henri de Liège transféra alors à l'église de St Pierre et St Hubert à Liège le
droit de décerner les prébendes à Nassogne tout en proclamant l'indépendance de son
église.
Vers 1253, les légats apostoliques du cardinal Hugues de Ste Sabine et de Henri,
évêque de Liège, vinrent à Nassogne pour rétablir la discipline
ecclésiastique. Ils ne réussirent pas entièrement et durent y revenir l'année
suivante.
A cette époque, la terre de Nassogne appartenait à Walleran, sire de Montjoie et de
Fahlcoumont. Par acte du mois d'avril 1270, il promet de vendre à Henri, comte de
Luxembourg et Marguerite sa femme, tout ce qu'il possède à Nassogne en Ardennes :
hommes, prés, bois, le tout pour une somme de 1476 livres de Brabant.
Au mois de janvier 1274, Gérard de Luxembourg, fils de Walleran, sire de Durbuy,
proclame l'affranchissement de la seigneurie de Nassogne. Il déclare les habitants
libres des droits de morte main, des mesmariages, des plaids généraux, des tailles, de
toute coutume et de tous les forfaits ; mais il les contraint à plusieurs obligations qui
sont reprises dans la charte d'affranchissement.
En 1364, le duc Wenceslas renouvelle de geste de Gérard de Luxembourg et exempta
encore une fois les habitants de Nassogne du droit de morte main.
Wenceslas paya ses dettes avec le prix de la terre de Nassogne, car il la vendit à
Guillaume, comte de Namur. Elle passa ensuite à Everard de la Marke qui devint le
dévoué (défenseur) de Nassogne alors que le duc de Luxembourg restait souverain et que
les moines de St-Hubert exerçaient le pouvoir religieux sous la suprématie de l'évêque
de Liège.
Le 1er août 1536, à la demande de Collard Malaize, abbé de St-Hubert, une nouvelle
charte fut signée spécifiant bien les droits de l'abbé de St-Hubert, du seigneur de
Mirwart et des habitants.
Dans cette charte (record) se trouvent détaillées les dispositions à suivre pour la
procession de St Monon dite des Remuages. Voici le texte : « Le jour des
Remuages, le Voué, seigneur de Mirwart, vient à Nassogne dans l'église canoniale,
devant le grand autel, en présence du prévôt et des chanoines, du maïeur et de la
haute cour ; il promet de faire son devoir et de porter le corps de Monsieur St Monon à
la chapelle et de le rapporter à son église sur le grand autel à sa léalle puissance.
Quand il le rapporte sur l'autel, il demande s'il a bien rempli son devoir. Le
maïeur et la justice lui répondent ce qui est fait en est et le seigneur paye à la
justice leurs droits accoutumés. Quand le seigneur est déclaré avoir fait son
devoir, l'abbé de St-Hubert doit lui payer huit francs pour ses droits, et avec ce, les
hoirs et successeurs de Rasquin de Harzée sont redevables envers le dit seigneur, le
susdit jour, de quatre setiers d'avoine pour ses chevaux »
Il est aussi conté que deux hallebardiers commandaient la procession des
Remuages. Ils rangeaient les habitants des paroisses par ordre alphabétiques,
d'abord ceux d'Ambly et quand ils arrivaient à la lettre F, ils criaient : « En arrière
les gens de Forrières qui ont occis St Monon ».
Le 30 août 1634, Ferdinand de Bavière, prieur-évêque de Liège, renouvelle les
anciens privilèges de la terre de Nassogne et leur donne sauvegarde contre toutes
excursions et allogements militaires.
Le 25 janvier 1650, Maximilien Henri, prince de Liège, exempte les habitants de
Nassogne d'une imposition qui avait été établie dans le pays de Liège, au moyen d'une
somme d'argent qu'ils lui comptèrent en 1656.
Le chapitre des Chanoines créé par Pépin Le Bref existe toujours au 17e
siècle. On trouve en effet que le 13 août 1696, Gilles Moreau, doyen des
chanoines, vice prévôt, a remis, par ordre des chanoines, à Nicolas Bouffeux, la charge
de prévôt.
Nicolas Bouffeux mourut en 1726 ; nous tenons de lui la chape qui fait partie du
trésor de la collégiale.
Vers 1700, le chapitre commença à se diviser pour arriver à de telles dissension
qu'il fallut que le pape Clément XI envoyât à Nassogne, le 10 mai 1709, le nonce
apostolique, pour remettre de l'ordre.
C'est de cette époque que datent plusieurs obligations qui restèrent en vigueur
jusqu'à nos jours. Entre autres :
1. Le tabernacle sera recouvert d'un voile à l'intérieur et une lampe brillera nuit
et jour devant la St Eucharistie, qui ne sera jamais exposée sans que l'autel soit
éclairé pat six chandelles en cire.
2. La Fontaine baptismale sera placée près de la porte de l'église et sera entourée
d'un grillage.
3. La fête de St Monon sera célébrée le jour de la St Luc (18octobre). Une
messe sera chantée en son honneur et un discours sera prononcé tandis que la cassette
qui contient ses ossements sera exposée sur le grand autel. Le jour de la
translation (Remuages), on lui rendra le culte qui lui est dû. Les danses, festins
et autres orgies sont abolis et le prévôt veillera à la réalisation de ces
obligations.
4. Le chapitre engagera le peuple à réparer la tour et le toit de l'église et fera
replâtrer les murs intérieurs.
5. Les dimanches et jours fériés, un sermon sera fait au peuple ainsi que le
catéchisme, par le préban, qui célèbre la messe paroissiale.
6. Tous les chanoines assisteront aux matines et aucun ne pourra sortir du chur
avant la fin sous aucun prétexte.
7. Récitation du chapelet dans l'église chaque dimanche après-midi.
8. Le prévôt fera bâtir un gymnase et visitera deux fois l'an l 'école des
enfants. Il les examinera en présence du maître afin de se rendre compte des
progrès des élèves et du maître.
Ces nonces revenaient à des époques indéterminées pour rallumer le feu sacré et
communiquer les ordres du chef spirituel de toute la chrétienté.
Le chapitre des chanoines subsista jusqu'en 1794 au moment où la domination
autrichienne fit place à la domination française.
Le biens provenant de Pépin Le Bref et des autres donateurs furent vendus par le
gouvernement français à la révolution.
Ainsi fut tournée une page de l'histoire de Nassogne où St Monon et les chanoines
tirent une grande place.
L'église collégiale est toujours à l'emplacement de l'église de Pépin. Elle
a été complètement détruite et rebâtie plusieurs fois. Sa dernière
reconstruction totale date de 1661.
Elle fut à nouveau restaurée à la suite des incendies de 1673 et 1782.
Abîmée par les bombardements de la guerre 1940-1945, elle fut remise en état vers
les années 48-49.
De nos jours, Nassogne est un village de plus de 1000 habitants. Il a perdu quasi
entièrement son caractère agricole. Les hommes sont presque tous ou
employés ou ouvriers.
Le village s'est embelli et de nombreux citadins viennent y passer leurs vacances soit
à l'hôtel, soit dans des maisons restaurées ou nouvellement bâties. Leu séjour
est agrémenté par le concours de nombreuses sociétés locales.